Billy Wilder et moi – Jonathan Coe – GB – 2021 – 295 pages – Gallimard

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/styles/media_640_auto/public/sheet_media/book/zoom-billy-wilder-et-moi.jpg?itok=XXTr9ZmL

Note : 3,5 / 5

Calista, mère de deux filles, qui sont sur le point de gagner leur indépendance, se remémore le moment où elle aussi a pris son envol. 

Elle est anglaise par son père et grecque par sa mère. La famille vivait en Grèce. A 20 ans, durant l’année 1977, elle entreprend un voyage initiatique aux USA. Elle part à l’aventure avec son sac à dos. En chemin, elle rencontre Gill, une autre jeune anglaise qui, elle aussi, voyage seule. Elles décident de continuer leur périple ensemble et après avoir exploré la côte Est, séjournent sur la côte Ouest. Elles sont de passage à Los Angeles, hébergées en auberge de jeunesse.

Gill doit accomplir ce qui constitue pour elle, une corvée de politesse, déjeuner avec un vieil ami de son père. Elle demande à Calista de l’accompagner.

Les deux jeunes filles vêtues comme des routardes se rendent au lieu de RV qui se trouve être un restaurant français de Beverly Hills assez huppé. Le portier, à la vue de leur tenue, leur refuse l’entrée. Elles doivent indiquer qu’elles sont invitées par un certain Billy Wilder. Après vérification, les portes s’ouvrent et ce sont en fait deux couples qui les attendent : Billy Wilder, Iz Diamond (son scénariste et complice) et leurs épouses.

Elles ne savent rien de Billy Wilder et pas grand-chose sur le cinéma. Elles vont découvrir petit à petit, durant le repas, l’importance de cet homme d’un peu plus de 70 ans, fréquemment interrompu par des personnes qui viennent dire leur admiration.

Billy Wilder essaie de les interroger sur leurs goûts cinématographiques. Il avoue ne plus très bien comprendre le monde du cinéma. La comédie américaine des années 50 / 60 dont il était un des plus brillants représentants est sur le déclin. Ce sont ceux qu’il appelle « les barbus » (Scorsese, Spielberg, Coppola…)  qui mènent dorénavant la danse avec un cinéma qui impressionne mais ne fait pas rêver.  « Pas besoin d’aller au cinéma pour savoir que la vie est moche » dit-il.

De retour en Grèce, Calista décide de tout savoir sur la carrière de Billy Wilder. Quelques mois plus tard, elle est contactée par une assistante du réalisateur qui lui explique que celui-ci doit tourner un film, « Fedora », sur une île grecque et qu’il a pensé à elle pour être son interprète durant le tournage.

Nous sommes en 1978 et « Fedora » sera l’avant dernier film de Billy Wilder. La fonction de Calista va lui permettre d’être au contact de Wilder et surtout de Diamond dont elle va devenir l’assistante personnelle. Elle va pouvoir appréhender la fin d’un certain cinéma mais aussi celle d’un cinéaste qui perçoit le décalage avec l’époque mais qui ne peut faire que ce qu’il sait et aime faire…….

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/styles/simplecrop1000/public/illustrations/thumbnails/ruedesarchives.2733833_ver_1.jpg?itok=PupxSECW
Billy Wilder et William Holden sur « Fedora »

Jonathan Coe est sur un style assez différent de ses derniers ouvrages (notamment « Le cœur de l’Angleterre » sorti en France en 2020 chroniqué en juillet). Il a terminé sa trilogie sur l’étude des mœurs anglaises qui ont conduit au brexit et il passe à autre chose. Moins d’humour et de dérision mais une étude finalement assez sérieuse et mélancolique de la fin de carrière de Billy Wilder.  

Coe est l’auteur, durant les années 90, de nombreux ouvrages sur le cinéma et les acteurs (biographie de Bogart, de James Stewart), de nombreux articles dans des revues spécialisées. Il s’est passionné pour « La vie privée de Sherlock Holmes », film de Wilder tourné en Angleterre. Il est fréquemment question de ce film dans « Billy Wilder et moi ».

Logiquement, il prolonge cette passion pour le destin de Billy Wilder (1906-2002) et a estimé qu’une version romancée serait plus efficace pour faire ressentir la fin d’une époque qu’une simple biographie.

Il fait parler Wilder, Diamond et leur proche dans le cadre de conversations avec Calista qui sert d’intermédiaire à cette transmission d’expérience. La fin d’une époque pour un réalisateur qui a encore des choses à dire et montrer mais qui ne trouve plus les financements car le public a disparu. « Fedora » existera grâce à des capitaux allemands.

« Fedora » est un film un peu particulier, avec une star du cinéma vieillissante (Marthe Keller) qui a décidé de se retirer sur une île. Un réalisateur (William Holden) tente de la faire changer d’avis pour qu’elle joue dans son nouveau film. C’est un scénario qui traite du vieillissement et de l’oubli d’une personne qui a connu le statut de star. Wilder cherche à retrouver un public, le vrai critère de réussite du créateur selon lui, mais choisit un sujet franchement sinistre.

Wilder et Diamond aiment séduire et ne sont donc pas avares de bons mots. Leurs regrets restent teinter d’une certaine ironie nostalgique. Quelques scènes sont particulièrement croquignolesques : une interview par des journalistes grecs qui ne connaissent rien à la carrière de Wilder, la dégustation dans une ferme française d’une collection de Bries de Meaux bien sélectionnés, fromage qui sera la cause d’un retard de tournage et deviendra l’aliment consolateur de Calista. 

Wilder n’a pas perdu son européanité côté boisson et fourchette. Il est scandalisé par Pacino (petit ami de Marthe Keller) qui ne cesse de manger des hamburgers même dans les très grands restaurants européens.

Au milieu de l’ouvrage, sur 60 pages, une partie bénéficie d’une présentation un peu particulière. Lors d’un repas à Munich, un jeune allemand remet en cause la réalité du génocide juif.

« S’il n’y a pas eu d’holocauste, où est ma mère ? » dit Wilder.

Wilder entreprend un récit sous la forme d’un scénario de film avec des indications de situations et des dialogues. Il explique notamment comment il a visionné des kilomètres de pellicules de films documentaires réalisés par des équipes alliées à la libération des camps, pour tenter d’apercevoir sa mère disparue. Le synopsis détaille son parcours de juif austro-hongrois de naissance qui a dû fuir, passant par Paris pour atterrir à Hollywood, laissant derrière lui des proches dont il a toujours ignoré le devenir suite à la 2nde guerre mondiale.

« Il y a deux types de juif. Les pessimistes qui sont allés à Hollywood et les optimistes qui sont restés et ont été gazés » – Billy Wilder.

Coe a certainement estimé que ce passage, particulièrement sombre, devait bénéficier d’une présentation particulière. Éviter le long monologue de Wilder et ne pas déléguer cela à Calista qui est trop décalée par rapport à l’époque et au contenu du terrible récit.

Ce roman donne envie de mieux connaitre Billy Wilder, de revoir ses films avec un oeil nouveau. « Fedora » reste un film un peu à part, très mélodramatique et un peu prémonitoire.

Wilder aurait voulu tourné une adaptation du roman de Keneally, « La liste de Schindler ». Ce sera finalement un des barbus, celui du requin, qui le fera, et Wilder ne s’en offusquera pas. Il appréciera la film et félicitera le metteur en scène.

Il est dommage que les aventures sentimentales, sans intérêt, de Calista avec un certain Matthew viennent polluer le témoignage de Wilder, un créateur qui a été très important et qui ne fait plus sens, le temps s’écoulant.

Fedora: Amazon.fr: William Holden, Marthe Keller, Hidegard Knef, José  Ferrer, Frances Sternhagen, Mario Adorf, Billy Wilder, I.A.L. Diamond, Billy  Wilder: DVD & Blu-ray

Kimberose – Out – France – 2021 – Musique

Note : 2,5 / 5

Elle est française, avec des origines anglo (père) – ghanéennes (mère). Elle faisait partie d’un groupe avec notamment son compagnon et a décidé de voler de ses propres ailes dans ses vies artistiques et personnelles. C’est donc son premier album solo.

« Back to my feet » (lien ci-dessous) a été écrit et co-composé par la chanteuse. Ce titre rappelle très fort Amy Winehouse. On est proche de la copie mais c’est quand même totalement irrésistible.

Les textes sont très inspirés de sa vie personnelle. Les titres suffisent à comprendre.

« Escape » (lien ci-dessous), peut être la meilleure chanson de l’album. La voix est là, rocailleuse, puissante et pleine de soul. L’orchestration sixties avec cordes et cuivres est bien en place. Regis Ceccareli (le fils de Dédé) aux manettes dans les studios de Dominique Blanc-Francard (le père de Sinclair, le frère de Patrice et un des meilleurs ingénieurs du son français).

Avec « Warning signs » (lien ci-dessous), je vous aurai proposé les trois premiers titres de l’album. La suite baisse progressivement en intensité. Cela reste très agréable car la voix est toujours présente mais les compositions deviennent beaucoup plus banales. On quitte la soul pour aller vers le R’n’B.

Balloon – Pema Tseden – Tibet (Chine) – 2021 – 1h42

Note : 3,5 / 5

Deux enfants jouent avec des ballons tout en gardant les moutons avec leur grand-père. Le père, Dargye, survient à moto et, en colère, crève les ballons. Il promet aux deux enfants de leur acheter des vrais ballons, au marché, la prochaine fois qu’il ira en ville.

En fait, les ballons n’étaient que des préservatifs gonflés, volés par les enfants sous l’oreiller de leur mère, Drolkar. Le père, qu’elle surnomme le bélier, a des besoins sexuels importants et la famille comprend déjà trois enfants. Un 4ème générerait une amende très importante que la famille, pauvre, pourrait difficilement payer.

Les préservatifs sont rares. Drolkar se les procure au compte goutte auprès du dispensaire. Elle se prépare à subir, dans quelques semaines, une opération de ligature des trompes.

Le père va chercher chez un ami un bélier pour engrosser ses brebis. C’est l’occasion pour lui de passer une soirée très arrosée.

La sœur de Drolkar passe chercher son neveu au collège de la ville voisine pour le ramener à la maison familiale à l’occasion des vacances. Elle rencontre, par hasard, un des enseignants qui est en fait son ancien amoureux. Une histoire qui s’est mal terminée et quoi l’a poussée à intégrer le couvent et devenir nonne. Il lui donne le livre, dénommé »Balloon » qu’il a écrit et qui décrit leur relation.

Le soir venu, malgré l’absence de préservatif, le père insiste pour avoir une relation sexuelle. Quelques semaines plus tard, Drolkar est à nouveau enceinte. La seule solution, préconisée par la doctoresse du dispensaire, semble être l’avortement.

Le grand père décède subitement. Le Lama, qui ne se trompe jamais, déclare que le futur nouveau né sera la réincarnation de l’ancêtre. La relation entre Drolkar et Dargye devient conflictuelle….

Le cinéma, c’est aussi la découverte de contrées et d’habitants assez éloignés de nos références, évoluant dans des sociétés traditionnelles. Pema Tseden a déjà réussi à plusieurs reprises le pari. En début d’année dernière, on avait déjà pu voir « Jinpa, un conte tibétain ». Il écrit lui même les scénarios sous forme de nouvelles et essaie de composer avec une censure chinoise très présente.

Il raconte de vraies histoires, sans pathos excessif et même avec beaucoup d’humour et un peu de poésie. L’optique naturaliste, réaliste est nuancée par la vision des jeunes enfants qui ne pensent qu’à jouer et courir dans les vastes espaces avec insouciance.

La vie des personnages et en particulier des femmes est extrêmement contrainte par la pauvreté économique, l’importance de la religion qui peut aussi être un refuge, les traditions familiales, les injonctions des autorités politiques (au Tibet, la limite est de trois enfants par famille), les hommes et leur virilité souvent alcoolisée. L’émancipation est compliquée même si, par exemple, une doctoresse est prête à fournir son aide.

Un petit rappel sur le bouddhisme tantrique pratiqué par la majorité des tibétains : au cours de la vie, les bonnes actions et l’éducation améliorent le Karma. Cela permet une bonne réincarnation du namshé (la conscience) à un niveau supérieur. En effet, la réincarnation peut avoir lieu dans une des six sphères. Le monde animal et le monde humain sont deux des six sphères, (Dieux, demi dieu, enfer et esprit avides sont les 4 autres). La réincarnation en être humain est idéale car elle permet l’éducation et donc l’élévation spirituelle. Suite à de multiples réincarnation (Samsara), l’objectif est d’atteindre l’éveil (Nirvana). Les êtres humains disponibles pour une réincarnation sont en quantité limitée.

Drolkar est face à un dilemme insoluble : accepter l’enfant, payer l’amende et perdre un peu plus de son autonomie avec un 4ème enfant ou condamner le grand père à errer à la recherche d’un être vivant susceptible d’accueillir sa réincarnation.

Deux faiblesses scénaristiques nuisent un peu au vrai plaisir que peut procurer la vision de ce film : l’histoire de la sœur devenue nonne reste assez mystérieuse. L’ex amoureux veut s’expliquer mais cela lui est refusé par la famille et par la même nous n’aurons pas l’explication de la rupture dramatique.

La deuxième imperfection concerne l’issue du drame. L’histoire durant l’essentiel du film se développe lentement, tranquillement mais la conclusion arrive subitement, trop rapidement.

La description de cette vie simple, rurale mais finalement compliquée par les contraintes multiples est le principal intérêt de ce film. Le tournage a eu lieu dans un vrai village avec ses habitants. Les acteurs principaux, par contre, sont tous des professionnels qui ont déjà tourné avec Tseden.

Judoka – Thierry Frémaux – France – 2021 – 318 pages – Stock

Note :  3,5 / 5 si vous êtes ancien judoka
1 / 5 si le judo ne vous passionne pas.

Cet ouvrage est un récit autobiographique portant principalement sur les vingt premières années de la vie de Thierry Frémaux (pour ceux qui ne connaissent pas, il est un des personnages les plus importants du cinéma français)

C’est aussi la biographie du fondateur du Judo : Jigoro Kano

L’auteur est originaire de Tullins dans l’Isère mais sa jeunesse se déroule en banlieue lyonnaise. Son père travaille à EDF et il intègre le club de Judo parrainé par l’entreprise.

« Dans ce monde-là, tout commence par une chute. Le profane imagine que le judo est un affrontement où l’on doit d’abord expédier n’importe quel adversaire dans les airs. Mieux il est convaincu que la défaite est inconcevable dans la culture de cet art martial dominé par l’alliage inoxydable de savoir technique, de rigueur morale et de prédisposition physique. Sauf que non. Ce que l’on vous enseigne avant tout, ça n’est pas comment gagner mais comment tomber. »

Il manifeste quelques prédispositions pour ce sport. Son niveau aidant, il devient licencié au sein d’un vrai club qui va lui permettre de se frotter à la compétition et de monter les différents grades qui correspondent à des couleurs de ceinture.

Il arrivera à 17 ans à la ceinture noire. Dominant sa catégorie au niveau régional, il sera régulièrement sélectionné pour les championnats de France où il n’obtiendra jamais de grand résultat.

Il deviendra professeur de Judo, obtiendra un 4ème dan (Le dan est un grade au sein du niveau ceinture noire. Pour information Teddy Riner a obtenu récemment son 6ème dan. Douillet a obtenu son 8ème dan à 50 ans. Le plus haut grade est le 12ème dan et seul Kano le détient).

Mais en parallèle son goût et sa passion pour le cinéma l’amèneront à accepter un contrat de salarié à l’Institut Lumière à Lyon où il sera le collaborateur de Bertrand Tavernier. Il finira par en devenir le directeur et sera nommé en parallèle délégué général du Festival de Cannes, fonction qui consiste à élaborer la sélection des films.

En tant que personnalité, il est convié, en 2019, à la cérémonie des vœux de la Fédération Française de Judo. Il remet un kimono et remonte sur un tatami après une interruption de 20 ans. Cet événement qui implique la rédaction d’un « discours » lui donnera l’idée de chercher à expliquer le rôle formateur, structurant du judo dans la construction d’une personnalité, d’une carrière et peut être d’une vie.

Après les discours, une séance de randori (combat amical) est prévue. Il se retrouve à 60 ans, face à Patrick Vial, premier français médaillé olympique, 72 ans, dont le « spécial » (prise fétiche travaillée des millions de fois à l’entrainement) est « tomoe-nage » autrement dit « planchette japonaise » qui débouche, pour celui qui subit cette prise, sur une chute avant qui peut être très brutale. Thierry Frémaux a préjugé de son niveau de forme. Il se relèvera très difficilement avec une  très grosse contracture des dorsaux……

Frémaux est-il une personnalité suffisamment importante justifiant que l’on lise sa biographie, surtout quand il ne parle quasiment pas de cinéma, à l’exception d’une savoureuse rencontre, accompagnée de Côte-Rôtie, avec Tarantino à Los Angeles pour décider de la sélection de « Once upon a time…in Hollywood » à Cannes ?

Il avait consacré un ouvrage à son travail dans le cadre du festival de cannes en 2017.   

Il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Le titre correspond au contenu. Frémaux nous parle de judo et de judokas : lui-même et Kano.  

En tant qu’ancien judoka (mis à la retraite rapidement, faute de genoux aptes, au stade de la ceinture marron), j’ai retrouvé avec plaisir la description de ce qui a constitué mon enfance et une partie de mon adolescence. Ce sport extrêmement codifié a un contenu et surtout des méthodes d’enseignement communes à la plupart des clubs et parfaitement décrites par Frémaux.

L’habillement dans les vestiaire où l’on revêt le kimono, le démarrage avec les séances de chutes, l’apprentissage des 1ères prises, les randoris de fin de séance où l’on peut se défouler dans un cadre amical mais bagarreur, l’impression d’apprendre le japonais à travers le nom des prises, la personnalité du prof, la discipline avec un cérémonial de salut du tatamis, de Kano, de l’enseignant, de l’adversaire ….Tous ces éléments, ces rites sont là pour créer une communauté assez soudées.  

Frémaux aborde tout cela avec beaucoup de détails et présente le judo comme une école de la vie :  Apprendre à chuter c’est être capable de tomber souvent sans jamais se faire mal. Le judo, c’est le respect de l’autre qui est souvent un adversaire mais jamais un ennemi, le contrôle de soi en toute circonstance qui demande un éveil permanent et une conscience aiguisée, de la modestie, de l’abnégation et du courage.  

Tavernier, Tarantino, Frémaux

ADN – Maïwenn – France – 2021 – 1h30 – Ciné

Note : 3 / 5

Neige (Maïwenn) rend visite à son grand père, Émir, qui est hébergé dans un Ehpad de la région parisienne.

Elle est rejointe par sa mère, sa tante, ses cousins et ses frères. Elle présente et distribue un ouvrage retraçant la vie du grand-père, fellaga communiste exilé en France, écrit par une amie qui en a fait un sujet de thèse. Émir, aujourd’hui atteint d’une forme de sénilité, a eu le temps de longuement se confier et donc de transmettre son témoignage.

Neige a été élevée par ce grand père, fuyant un père (Alain Françon) et une mère (Fanny Ardant) divorcés et totalement toxiques. On pourrait dire : pas un pour rattraper l’autre. Le conflit permanent, la colère et la provocation sont pour eux une situation normale et saine.

Neige, mère de trois enfants, est divorcée. Son ex, François (Louis Garrel) est resté très proche et demeure un vrai ami qui grâce à son humour démine pas mal de situations.

Émir décède subitement. La famille se retrouve pour organiser les obsèques. Chacun prend conscience qu’Émir était l’élément qui maintenait une forme d’unité familiale. Ses deux filles ne se supportent pas. Neige ne parle pas à sa sœur. Des discussions sans fin ont lieu pour tous les détails de l’organisation : choix de la matière du cercueil, de la couleur du capitonnage. Tout cela pour une crémation. Neige conservera l’urne funéraire.

Suite à la révélation de l’histoire de son grand père, elle a besoin de définir la réalité de ses origines. Sa mère a des ancêtres algériens et son père est métisse franco-asiatique. Elle réalise un test ADN afin d’obtenir des informations plus précises. Il révèle, à sa grande surprise, que ses origines sont d’abord ibériques.

Malgré ce résultat décevant car elle attendait d’abord des origines algériennes, elle entreprend des démarches pour obtenir la nationalité algérienne…….


Ce film est largement autobiographique. Maïwenn a les mêmes origines que l’héroïne de son film, a eu une enfance et une adolescence compliquées et a obtenu la nationalité algérienne.

Il y a la volonté de réaliser un film naturaliste : une caméra portée à l’épaule pour filmer des dialogues qui semblent improvisés. Cela donne quelque chose d’assez foutraque, à l’image de la famille, mais finalement assez sympathique. La qualité des acteurs rend la chose plaisante.

Maiwenn nous a habitués depuis une dizaine d’années à ce type de film où l’engueulade est une situation permanente. Il faut considérer ce fait comme acquis. On ne choisit pas d’aller voir un de ses films si on a envie d’un « feel-good-movie ».

L’aspect dramatique est à relativiser car l’humour est souvent présent. Ce film est aussi une comédie. Le personnage de François nous permet de souffler même si ses blagues sont quelquefois un peu douteuses (« pédophile, l’homme qui aime les fils » alors qu’ils dégustent en famille des kadaifs).

Maïwenn, comme en témoigne l’affiche du film, a une forte tendance à l’égocentrisme. L’histoire de l’Algérie est brièvement évoquée, le plus souvent, pour mettre en évidence des moments forts de sa vie personnelle.
Elle s’évanouit, suite à une sous-nutrition, sur le pont parisien (Neuilly) où les algériens ont été précipités par la police dans la Seine lors d’une manifestation en 1961.
Sa visite en Algérie n’est pas du tout contextualisée. Neige déambule dans les rues d’Alger envahies par une foule qui semble festive. Or elle est, en fait, en pleine manifestation contre le pouvoir dans le cadre d’un mouvement de protestation (le hirak) qui dure encore malgré la répression policière.

On a l’impression que le drame algérien ne sert qu’à mettre en scène les états d’âme de la réalisatrice. C’est un peu gênant.

Néanmoins, « ADN » est un bon film et le seul, jusqu’à maintenant, de Maïwenn, que j’ai réussi à apprécier.

Pet Shop Boys – Hotspot – GB – 2020 – Musique

Note : 3,5 / 5

Le duo s’est formé en 1981 suite à une rencontre dans un magasin d’électronique londonien. Le chanteur et compositeur, c’est Neil Tennant (plutôt costard cravate et cheveux absents en 2021), le musicien au synthé, c’est Chris Lowe. Pet Shop Boy est le groupe anglais qui a le plus vendu de disques. Des icônes de la culture gay.

« West End Girls » (lien ci dessous) fut le premier tube en 1984.

« Go West » (lien ci dessous) en 1993. C’est la reprise d’un des tubes de Village People.

La même en version live actuelle (lien ci-dessous) à ne surtout pas manquer.

Depuis leur création, ils n’ont pas vraiment arrêté de travailler même si certaines périodes ont été moins intenses. Ils ont créé des ballets, des comédies musicales, mis en scène la vie d’Alan Turing….

« Hotspot » est leur dernière production et c’est plutôt un très bon cru. Il a été conçu à Berlin dans les studios Hansa qui ont notamment accueilli Bowie.

« Burning the heather » (lien ci-dessous) est symbolique des pop songs douce, amères, mélancoliques mais toujours très mélodiques que le groupe continue à produire avec un certain talent. Exceptionnellement, une guitare vient compléter les synthés. C’est Bernard Butler, l’ancien guitariste du groupe Suède qui œuvre.

« Dreamland » (lien ci-dessous) parle des migrants à la recherche d’une terre promise. Le rythme est très dance floor tout en abordant un sujet difficile. Ce mélange est typique des Pet Shop Boys : « une pop sensible, cultivée et un goût décomplexé pour une musique visant les pieds autant que la tête » dixit Télérama.

Le titre est co-chanté par Olly Alexander le leader du groupe anglais Years & years. C’est totalement kitsch mais vraiment sympa et irrésistible.

Classement cinéma 2020

La liste qui suit est le résultat d’un cumul des classements de différents médias produisant des classements. Sont représentés Télérama, Le Masque et la Plume (France Inter), Les Inrocks, Première et Libération.

Les colonnes « Mois » et « Note » sont complétées pour les films que j’ai vus et peut être chroniqués.

Pour ce qui des films français, mon classement serait plutôt, pour les trois premiers : « Les choses qu’on dit » puis « Eté 85 » puis « Adieu les cons ». Assez proche, finalement, du classement proposé ci-dessous.

Par contre pour les films étrangers, je suis vraiment en décalage. Pour moi, ce serait : « Séjour dans les monts Funchun » puis « Michel Ange », « Never Rarely Sometimes always », « Dans un jardin qu’un disait éternel », « Drunk » et peut être « Mank » et « Adam ».

TitresRéalisateurpointsmois
critique
note
Dark watersHaynes11203/20213,5
Séjour dans les monts FuchunXiagong874,5
Adieu les consDupontel8510/20203,5
Choses qu’on dit (Les)Mouret839/20205
AdolescentesLifshitz819/20203
Cas Richard Jewell (Le)Eastwood754/20211,5
Antoinette dans les CévennesVignal709/20203,5
Eté 85Ozon677/20204
Uncut gemsSafdie654
Effacer l’historiqueKerven Delpeine549/20202,5
TenetNolan538/20202,5
DrunkVinterberg4710/20204
1917Mendes443,5
Fille au bracelet (La)Demoustier354
JosepDelpero3310/20204,5
Eva en aoutTruba318/20203,5
Tout simplement noirZadi Wax317/20202,5
EnormeLetourneur289/20203,5
King of staten island (The)Apatow28
Pays qui se tient sage (Un)Dufresne2410/20200,5
Siffleurs (les)Porumboiu244
Communion (La)Komasa21
Climb (The)Covino208/20204
OndinePetzold20
Si c’était l ‘amourChiha20
Invisible manWhannel193
Je veux juste en finirKaufman19
Michel angeKonchalovsky1910/20205
Femme des steppesQuabab188/20204,5
MalmkrogPuiu17
Petit paysBernier17
About LeilaSidi Boumedine167/20201,5
Dans un jardin qu’on disait…Omori168/20204
Sept de Chicago (les)Sorkin1611/20204
Jojo RabbitWaititi154
MignonnesDoucouré149/20203
DaysMing Liang13
Hotel by the riverSang Soo128/20202,5
Sel des larmesGarrel127/20203,5