Frédéric Bobin / Boule – Train Théâtre – 20 mai 2022 – Live

Note : 4 / 5

Dernier concert de la saison 2021 / 2022 au Train Théâtre avec des habitués de la maison qui sont passés à plusieurs reprises et sont même venus en résidence.

Frédéric Bobin, du folk bourguignon et plus précisément creusotin ou peut être tout simplement de la chanson française, nourrie par Brassens et Dylan. Aucun lien de parenté avec l’écrivain Christian Bobin. Ils ne se connaissent quasiment pas. Bobin est un nom assez répandu dans la région creusotine.

Nous (je me mets dans le lot uniquement pour la partie identité, pas pour la capacité créative) sommes tous nés dans la même maternité, nous avons nos parents et grands parents qui ont tous travaillé dans la même entreprise, Schneider puis Creusot-Loire. Nous avons passé notre bac au Creusot puis nous nous sommes envolés à 18 ans vers Dijon.

Frédéric Bobin est allé étudier les Lettres Modernes et a réussi à valider une maitrise (comme son frère). Il ne rentrera pas au Creusot, ira s’installer à Lyon et voyagera beaucoup, notamment en Afrique. Le Creusot, une ville dont on part, Christian Bobin est resté même s’il n’est plus citadin et a choisi d’habiter la pleine campagne des alentours.

En lien ci-dessous, « Le soir tombe » qui est extrait du dernier album « Les larmes d’or » datant de 2018.

Le répertoire de Frédéric Bobin réclame une instrumentation épurée. Au Train, c’était une formule deux guitares avec la complicité de Clément Soto, présent sur l’extrait live ci-dessus (deux titres en duo vocal avec Evelyne Gallet durant la performance).

Frédéric se consacre à la création musicale et c’est son frère, Philippe, de 6 ans son ainé qui se charge des textes. Ils ont aujourd’hui respectivement 43 et 49 ans et expérimentent cette organisation depuis plus de 30 ans.

Ils en sont au 4ème album et Philippe, par ailleurs professeur de Lettres en collège à Nevers, laisse toute la lumière à son jeune frère, dans la tradition des bons paroliers.

En lien ci-dessous, « Tant qu’il y aura des hommes » extrait également du dernier album, en duo avec Kent.

Kent est devenu avec le temps une sorte d’icône de la chanson française et plus précisément lyonnaise.

Au Creusot, on écoutait Starshooter, un des quatre groupes de la scène française peu fournie de la fin des années 70 (les trois autres : Téléphone, Trust et Bijou). La carrière du groupe fut brève (quatre albums en 4 ans de 1978 à 1981). Après la dissolution, Kent s’est lancé dans une carrière solo de chanteur-compositeur mais également auteur de romans et surtout de BD.

Frédéric Bobin et Kent se sont rencontré en 2017. Ils ont d’abord réalisé le titre « Tant qu’il y aura des hommes » et ont ensuite décidé de faire des petites tournées en duo où ils interprètent des titres de l’un et de l’autre.

Vous pouvez découvrir Starshooter (et la tête de Kent il y plus de 40 ans), un peu plus bas en cliquant sur ce lien.

En lien ci-dessous, « Tous les mômes » de Kent, repris par le duo.

Les sorties de disques de Frédéric Bobin sont très espacées dans le temps (2008, 2012, 2018). il s’autoproduit et la principale source de revenu de cet artisan est le concert. Il doit beaucoup tourner pour vivre de sa passion. Après Valence, le lendemain soir, il était en concert à Ouchamps dans le Loir et Cher. Beaucoup de temps sur la route, plus que dans les salles où il doit assurer la balance, le concert et la vente des disques.

La création d’un album est un processus très lent exploitant les rares moments libres.

En lien ci-dessous, « Singapour » en live et duo avec Gauvain Sers. Le titre militant provient de l’album éponyme de 2008.

Bien qu’exilé à Lyon, Frédéric Bobin a maintenu un vrai lien avec sa ville de naissance et d’enfance. C’est encore le lieu de résidence de ses parents. Il lui a consacré une chanson « La vieille ouvrière » et fait allusion à la cité du Pilon dans plusieurs titres.

Une vision de la ville qui correspond à une certaine réalité mais que je trouve un peu trop triste. Pour moi, elle fut aussi lumière, verdure, rigolade, jeu, musique….

« J’ai une tendresse pour « La vieille ouvrière », une évocation de ma ville natale, Le Creusot, en même temps qu’un hommage à mes racines, au monde ouvrier. C’est une chanson très personnelle. Et puis je trouve que la rencontre entre le texte et la musique a quelque chose de miraculeux. Je n’ai pas modifié une virgule au texte, lorsque Philippe me l’a livré. J’aime aussi l’arrangement rock qui habille la chanson et qui retranscrit bien
cette ambiance métallique et ces lieux déserts ».
(Frédéric Bobin, extrait de son interview sur le site « 3-2-1 chansons »).

Frédéric Bobin au Train Théâtre, vendredi 20 mai 2022

En bonus, en lien ci-dessous, Kent (ou Kent Hutchinson ou Kent Cokenstock, de son vrai nom Hervé Despesse) au sein de Starshooter, il y a un peu plus de 40 ans, avec « Papillon de nuit » et une petite interview vintage, en présence de Jack Lang, juste après l’élection de Mitterrand. Le rock lyonnais à la même époque c’est aussi Ganafoul et Jack Bon, dans un registre plus hard-rock, boogie-blues (mon tout premier concert, en 1980, au Creusot sous chapiteau).

C’est aussi le lancement des radios libres. En dehors de toute contingence commerciale « Creusot Diffusion », installée dans une petite rue au-dessus du Prisunic de la ville, en dehors de toute contingence commerciale me permettait de diffuser, sans interruption, les 23 minutes du « Supper’s Ready » de Genesis.

Frédéric Bobin partageait l’affiche, de ce vendredi soir, avec le normand, Cédric Boule dit « Boule ». Seul à la guitare, il nous offre une prestation décalée inspirée de son parcours restitué avec beaucoup de dérision.

En lien ci-dessous, « Avion » met en avant le coté un peu surréaliste et souvent poétique des créations de ce personnage.

Au rappel, Frédéric Bobin et Evelyne Gallet sont venus le rejoindre pour la reprise de deux titres de Brassens. Un très beau moment musical.

En lien ci-dessous, « Pizza », un humour un peu potache et presque Gainsbourien fin des années 50, début des années 60.

Utama, la terre oubliée – Alejandro Loayza Grisi – Bolivie – 2022 – 1h28

Note : 4 / 5

Virginio (José Calcina) et Sisa (Luisa Quispe) vivent (ou survivent) grâce à une petite activité agricole sur les hauts plateaux boliviens, dans la région de Potosi.

Il passe sa journée à guider son troupeau de lamas, à la recherche de quelques nourritures et de points d’eau. Elle tente de cultiver un jardin de poussières et de trouver l’eau nécessaire à leur usage quotidien. Elle doit aller de plus en plus loin pour finalement souvent rentrer bredouille.

La sécheresse tue peu à peu la vie dans cette région désertée par ces habitants qui les uns après les autres partent vers la ville. Le fils du couple est parti depuis longtemps et ne revient même plus visiter ses parents vieillissants.

Le bruit d’une moto annonce l’arrivée du petit fils, Clever (Santos Choque), qui vient séjourner durant quelques jours et peut être convaincre le couple de venir rejoindre la famille en ville.

Virginio connait les intentions de son petit-fils et l’accueille rudement. Il lui propose de partir, le lendemain, dès l’aube, pour conduire le troupeau.

Clever prend rapidement conscience du niveau d’affaiblissement de son grand-père qui souffre d’une maladie pulmonaire.

Virginio lui demande de ne rien révéler à sa grand-mère et refuse de se faire soigner. Il reproche à son petit-fils d’avoir renoncé à s’imprégner de la culture traditionnelle quechua, d’avoir rompu avec la tradition, de ne pas comprendre les signes….

Deuxième film bolivien en quelques semaines. Le précédent, « Le grand changement » de Kiko Russo, choisissait de présenter la capitale, et son urbanisme galopant, où les hommes essaient de se faire une place tout en maintenant des traditions quasi chamaniques.

« Utama » est totalement tourné vers la campagne mais exprime les même tensions entre la tradition et une forme de modernité.

Pour le couple âgé, l’incompréhension est de mise. On pénètre dans des temps où la nature ne coopère plus, le changement climatique est à l’œuvre. Implorer les dieux ne suffit plus, le ciel est obstinément bleu.

La culture quechua disparait petit à petit. Elle a développé une conception de la nature, de la vie, de la mort qui lui est propre. « Quand le condor sent qu’il ne sert plus à rien, qu’il ne peut plus voler, il revient dans son nid perché en haut de la montagne, replie ses ailes et se laisse tomber droit sur un rocher, et meurt… », paroles de Virginio à Clever.

Les jeunes générations sont plus en phase avec les nouvelles technologies qu’avec la Pachamama. L’exode rural s’accompagne d’une forme de déculturation. Virginio comprend, qu’au final, il ne transmettra à son petit-fils que quelques babioles et pépites d’or.

« Utama » est réalisé par un photographe dont c’est le premier film. Les images sont superbes. Il est tourné en cinémascope. La grandeur des paysages s’oppose à la modestie de la vie du couple.

Petit détail : « Utama » signifie « notre foyer » en langue aymara. Le film devait initialement être tourné sur ce territoire (au nord de la capitale, près le frontière avec le Pérou). Le titre a été gardé mais le film a été tourné dans un environnement quechua (au sud de La Paz).

Kiko Russo et Alejandro Loayza Grisi sont de la même génération (ils approchent de la quarantaine) mais ont des approches totalement différentes. Quand le premier essaie maladroitement de filmer avec beaucoup d’effets, le second choisit de s’exprimer avec un grand classicisme auquel on pourra reprocher un scénario assez prévisible. Il a beaucoup sillonné la Bolivie pour réaliser de nombreux documentaires.

José Calcina et Luisa Quispe sont des acteurs non professionnels, formant un vrai couple dans la vie, parlant quechua, qui a priori n’étaient pas intéressés à tourner dans un film. Loayza Grisi a mis très longtemps à les convaincre car il n’arrivait pas à trouver des acteurs qui permettaient de diffuser autant de sincérité. Au final, le métrage repose totalement sur eux. Ce sont de formidables acteurs avec des visages burinés par le vent et le soleil des hauts plateaux andins et des expressions criantes de vérité, de sincérité. Ils arrivent à jouer dans la nuance notamment leur histoire d’amour pauvre de mots mais pleine de tendresse. Beaucoup de répétitions ont été nécessaires pour arriver à ce naturel.

Seul le titulaire du rôle de Clever, le petit fils, est un acteur professionnel. Il a du passer pas mal de temps en dehors du film à découvrir la vraie vie du couple.

Malgré la petite réserve concernant le scénario, ce film est indispensable car il est beau. Je crois que c’est le qualificatif le plus approprié.

Keren Ann & le Quatuor Debussy – 14 mai 2022 – Les Cordeliers – Live et Zique

Note : 4 / 5

Pour célébrer ses 20 ans de chansons (le premier album « La biographie de Luka Philipsen » est sorti en 2000), Keren Ann a choisi de retravailler certains de ses titres et de proposer des versions avec un orchestre à cordes, le Quatuor Debussy.

Un album est sorti, très récemment, en février 2022. Il est l’aboutissement d’une longue collaboration qui a débuté en 2018 avec de nombreux concerts et une tournée interrompue par les différents confinements.

C’est donc en fin de course qu’elle arrive à Romans ou pour être positif, on dira qu’elle débarque avec un spectacle totalement rodé.

En lien ci-dessous, « You were on Fire », qui se trouvait à l’origine sur l’album « 101 » qui date de 2011.

Pour moi, il y a deux Keren Ann : celle qui chante en anglais et celle qui chante en français. La première s’exprime avec des tonalités et une voix magnifiques. La seconde est beaucoup plus terne.

La formule choisie, chanteuse à guitare accompagnée de cordes, laisse à la voix plus que sa place et en anglais, Keren Ann n’a rien à envier aux grandes chanteuses folk américaines.

En lien ci-dessous, « In your back » témoigne de cette capacité à faire passer une vraie émotion.

Keren Ann Zeidel a choisi son prénom comme nom de scène. Elle est née en Israël, il y a 48 ans et est naturalisée française depuis 2012 après avoir passé son enfance aux Pays-bas.

Je ne saurais dire si le français s’adapte mal à son style de voix et de répertoire ou si elle est moins familière des intonations de cette langue, limitant ainsi ses capacités vocales.

Et pourtant, quelques titres en français arrivent à passer la rampe haut la main. C’est le cas de « L’illusionniste » en lien ci-dessous.

Personne n’ignore que Keren Ann a composé avec son compagnon de l’époque, Benjamin Biolay, le titre « Jardin d’hiver » pour l’offrir à Henri Salvador dont ce fut le dernier tube. Elle a enregistré le titre qui figure sur son premier album sorti la même année que celui de Salvador. J’ai une vraie préférence pour la version de Salvador.

Durant le concert, une seule reprise, en rappel, « Life on Mars » de David Bowie, en lien ci-dessous.

En Bonus, le concert quasiment complet enregistré et diffusé sur le site d’Arte.

L’école du bout du monde – Pawo Choyning Dorji – Bhoutan – 2022 – 1h49 – ciné

Note : 2,5 / 5

Ugyen (Sherab Dorji) vit paresseusement chez sa grand mère dans la ville de Thimphou, capitale du Bhoutan, pays du bonheur.

Il est instituteur momentanément sans poste et peu motivé pour en trouver un nouveau. Il passe ses soirées avec ses amis dans des bars où il assure quelquefois l’animation comme chanteur accompagné de sa guitare. Il rêve de partir pratiquer cette activité en Australie.

Il est convoqué par sa supérieure qui lui rappelle que compte tenu du contrat passé, il lui reste à accomplir une année d’enseignement. Elle lui apprend qu’elle l’affecte à l’école d’un petit village considéré comme le plus éloigné du pays, Lunana.

Rompre le contrat ayant trop de conséquences négatives, Ugyen se résout à quitter pour quelques mois le confort de sa vie citadine.

Après une journée de bus, il est accueilli par Michen (Ugyen Norbu Lhendup), jeune homme de Lunana chargé de l’accompagner durant la longue marche d’une semaine vers le village.

Ce long trajet va progressivement faire passer, le jeune instituteur, d’une vie vers une autre. Il laisse derrière lui notamment l’électricité et la possibilité de recharger son smartphone et son lecteur MP3. Il doit abandonner l’isolement généré par le casque audio.

Un peu avant le village, il est accueilli par sa population (cinquante six habitants) et son chef venus à sa rencontre pour l’accompagner durant les derniers kilomètres. Il découvre son école qui ne possède comme matériel que quelques bans et tables.

Avant de s’installer, Ugyen s’effondre et annonce qu’il n’est pas fait pour ce métier et qu’il n’y arrivera pas. Mortifié, le chef du village lui propose d’attendre deux jours pour que les ânes et les hommes qui l’ont accompagné se reposent. Il les remettra à sa disposition pour qu’il puisse rentrer.

Le lendemain, Ugyen pensait échapper à la rentrée mais Pem Zam, la petite déléguée de classe vient le réveiller.

Il découvre ses petits élèves et est impressionné par leur motivation et le respect qu’ils portent à sa fonction. Un peu plus tard se promenant dans le village, il entend une jeune fille, Saldon (Kelden Lhamo), dont le chant, destiné aux montagnes, domine toute la vallée…..

Pour une fois, je ne vais pas m’étendre sur un film que j’ai apprécié plus pour ces paysages que pour le scénario ou la qualité des acteurs.

Il a été tourné avec beaucoup de difficultés dans la vallée de Lunana (« vallée sombre ») avec seulement trois acteurs professionnels et une production d’électricité totalement liée au soleil, à 4 800 m d’altitude. Soixante ânes ont été nécessaires pour tout transporter.

L’histoire est cousu de fil blanc, un vrai feel-good movie. Le jeune garçon de la ville rêvant de faire carrière dans la chanson à l’étranger, sort transformer d’un séjour dans une région où la plupart des âmes sont restées pures, établies sur les traditions et en harmonie avec l’idée du Bouthan, le pays du bonheur.

Le titre en anglais « Lunana : a yak in the classroom » met l’accent sur un épisode où Saldon, prête un yak à l’instituteur pour qu’il produise la bouse qui sera séchée et servira à allumer le feu. L’animal est fragile et doit rester à l’abri dans l’école.

C’est aussi pour ces détails documentaires que le film garde un intérêt. La fable est pleine d’humanité et présente une communauté qui vit en célébrant la nature tout en souhaitant ardemment fournir un enseignement à ses enfants pour leur ouvrir un vrai champ des possibles.

Un dernier détail : ce film faisait partie de la dernière liste de films étrangers qui concouraient pour l’Oscar. « Titane », notre insupportable Palme d’Or 2021 avait été exclue. Les jurés des Oscars semblent, quelquefois, avoir plus de bon sens que le jury de Cannes.